mercredi 28 février 2018

L'eau et la gestion - 2

Pour voir la première partie de ce texte, cliquer ici.

Les immigrants
La pointe de l'iceberg : les immigrants veulent que ça soit les Québécois qui s'adaptent, ils demandent plus de congés et d'attention que les autres, leur expérience hors Québec est difficile à appliquer ici... Normal qu'ils aient un taux de chômage plus élevé que les autres.

L'eau : le taux de chômage des immigrants est plus élevé au Québec que partout ailleurs au Canada. Oui, il peut être difficile d'évaluer la capacité d'intégration et le bagage d'un immigrant récent, en même temps, au bout de 5 à 10 ans au Québec, il n'y a plus de différence ou presque. Heureusement, la pénurie de main d'oeuvre semble faire son effet et le taux de chômage baisse peu à peu.

Le grain de sel : les demandes d'accommodements raisonnables au travail le sont bien plus souvent en raison d'un handicap que de croyances religieuses. Et les rares accommodements religieux demandés l'ont été le plus souvent par des... catholiques.

Pour naviguer plus loin :
Racisme ou discrimination systémique au Québec?
Le mythe du Québec raciste

Les femmes
La pointe de l'iceberg : les femmes travaillent moins d'heures, prennent plus de congés et sont moins nombreuses à vouloir des postes de responsabilités. C'est normal qu'elles obtiennent moins de responsabilités et de hauts salaires que les hommes.

L'eau : si les femmes prennent effectivement un peu plus de congés, c'est en partie parce qu'elles gagnent un salaire moindre, qu'elles s'occupent plus des autres, etc. Ensuite, plusieurs études ont montré les biais inconscients qui, à compétence égale, favorisent presque toujours les hommes par rapport aux femmes. Or, les écarts entre les individus (ex. entre deux hommes) sont beaucoup plus importants que les écarts entre les groupes (ex. moyenne des hommes vs moyenne des femmes). Conclusion, on devrait se concentrer sur l'individu plutôt que prendre en compte son sexe.

Le grain de sel : lorsqu'on présente un test de maths à des étudiants, les femmes ont généralement une moins bonne note. Des études ont montré qu'il suffit de changer le contexte (ex. dire que c'est un test de dessin au lieu de maths), pour qu'elles obtiennent de meilleures notes que les hommes... 

Pour naviguer plus loin :

mercredi 21 février 2018

L'eau et la gestion -1

Un poisson rouge âgé rencontre deux poissons jaunes et leur demande :
"Comment ça va ? L'eau est bonne ?"
Les deux poissons jaunes semblent surpris et continuent de nager sans répondre. Un peu plus loin, un des poissons jaunes demande à l'autre :
"L'eau ? Sais-tu c'est quoi, toi ?"
 "Non, les vieux, des fois, ils sont bizarres..."
Cette blague veut montrer un peu tout ce qui est tellement acquis qu'on ne le voit plus, et parfois comment on juge ceux qui en parlent...

Je veux parler entre autres de ce qui est si bien intégré dans notre cerveau qu'on ne le perçoit pas vraiment : la culture d'entreprise, les codes sociaux, les jugements inconscients... Un peu comme les icebergs, ils peuvent être dangereux si on les ignore, et on les devine par les bouts qui dépassent : les malaises de société, les chocs de culture, les moments d'évolution rapide.

Certains tests psychologiques permettent de déceler ces biais inconscients.

Voici quatre exemples où on perçoit peut-être l'eau un peu plus en ce moment.

1- Les générations : les jeunes
La pointe de l'iceberg : les "jeunes" ne sont pas fiables, pas travaillants, ils sont capricieux, difficiles à mobiliser, ils veulent les gros salaires en partant, etc.

L'eau (le changement de paradigme) : toute nouvelle génération qui arrive sur le marché du travail est très exigeante. Le contexte des jeunes les a peut-être préparés à demander mieux et plus, en même temps, la vraie différence, c'est que les employeurs n'ont pas le choix de s'adapter dans un marché en faveur des chercheurs d'emploi. Dans le cas contraire, les jeunes se seraient adaptés, tout comme les générations précédentes ont dû le faire jusqu'aux années 2000.

Le grain de sel : dans les années 70, les Baby-boomers se sont fait traiter de paresseux parce qu'ils refusaient de travailler 6 jours par semaine !

Pour naviguer plus loin :
Journal de Montréal : Égoïstes, les jeunes?
Tests pour vérifier nos biais inconscients

1- Les générations : les vieux
La pointe de l'iceberg : les "vieux" sont moins bons avec les ordinateurs et ils coûtent trop cher en salaire alors qu'ils sont moins rapides...

L'eau (le changement de paradigme) : oui, le salaire d'un "ancien" est souvent plus élevé, mais son expérience sauve normalement temps et argent à l'entreprise. Le coût global devrait donc être relativement équivalent au final. Le temps d'apprentissage ou d'exécution serait surtout affaire d'attitude : des études ont montré que la vitesse réelle varie bien plus selon les capacités de l'individu qu'en fonction de son âge, les seniors ayant développé des stratégies pour être plus efficaces et compensant un léger ralentissement.
Finalement, il n'y a presque plus de candidats qualifiés ayant "3 à 5 ans d'expérience" - soient ceux qui ont le maximum d'expérience pour un minimum de salaire... Alors que ceux qui approchent de la retraite sont bien plus fidèles que les candidats les plus en demande.

Le grain de sel : cas vécu, je présente un candidat d'environ 55 ans et l'employeur me dit :
   -Pas lui, il est trop proche de la retraite !
   -Hum, combien de temps font-ils habituellement dans ce poste ?
   -Oh... s'ils restent plus de trois ans on est bien contents.
Finalement ils l'ont engagé et il est resté plus de cinq ans...

Pour naviguer plus loin :
Notre cerveau peut apprendre à tout âge
Les travailleurs âgés gagnent du terrain

La suite la semaine prochaine : d'autres icebergs dans le monde du travail...

mercredi 14 février 2018

Plus d'amour au travail !

En cette journée de Saint-Valentin, un peu d'humour et de légèreté, avec une réflexion sur la place de l'amour... au travail.

Fleurs et départs hâtifs
Quand on parle St-Valentin on voit tout de suite une avalanche de roses rouges et de chandelles. Des chandelles comme dans "souper romantique" et pas comme dans "panne d'électricité" bien sûr. Pour plusieurs patrons, c'est plutôt le casse-tête de gérer tous ces amoureux qui terminent plus tôt ce soir-là pour aller chercher du chocolat, tout en essayant de trouver un fleuriste qui a encore des fleurs rouges en stock. Roses alors ? Non ? Bon, OK on va prendre les mauves de l'an dernier en spécial...

Amour au travail : pas juste du sexe
Comme il s'agit d'un blogue qui parle de ressources humaines et qu'il y a déjà assez de matériel sur l'amour sous toutes ses formes sur le web - je n'ai pas dit qu'il était de qualité, je parle de quantité là - je voudrais d'abord dénoncer l'absence de contenu sur le sujet.

Ok, en faisant une recherche Google avec ces deux mots, on trouve plein de résultats, c'est juste que ça parle plutôt de liaisons, d'attirance, de sexe, en deux mots du trouble que les couples, légitimes ou pas, apportent au travail... La conclusion générale de ces sites est encore plus déprimante que de la sloche sur ses pantalons qu'un gris hivernal : l'amour au travail est à éviter à tout prix !

C'est un peu ironique. Parce que rencontrer quelqu'un au travail avec qui on a le goût de passer une soirée ou le reste de ses jours, c'est juste normal... pour un endroit où on rencontre des gens qui nous ressemblent, et où on passe quand même la moitié de notre temps éveillé - ok, certains dorment au bureau mais c'est pas la majorité, en tout cas je l'espère pour votre patron...

Amour et gestion
Pourquoi parler d'amour au travail sur un angle plus positif ? Parce que l'amour est une condition primordiale pour le plaisir au travail. Et que le plaisir au travail est à la base de notre bonheur point. Et quand je parle de plaisir au travail, je ne parle pas de sexe ou de passion torride. Je parle de l'amour plus doux, à la base de l'engagement, productivité et cie :
  1. l'affection ou l'amitié envers certains de nos collègues
  2. la reconnaissance, l'admiration, la sensation de faire partie d'un tout plus grand que soi
  3. savoir que son travail est utile, qu'on aide les autres
  4. la passion envers son travail
  5. l'amour du travail bien fait.
En lisant ça, avez-vous l'impression de lire un peu la recette du bonheur au travail ? Et OUI c'est bien de l'amour qui est derrière tout ça ! Peut-être pas l'amour-passion ou l'amour inconditionnel-ambigu avec nos enfants... Plutôt celui qui nous aide à nous lever le matin quand il fait -30, pour aller ensuite perdre quelques heures entre plusieurs cônes orange et quelques abrutis. Ou l'inverse selon l'endroit où vous demeurez. Bref, c'est encore l'amour qui est notre moteur quotidien.
Attention, phrase-choc : pour la majorité des gens, le plaisir de travailler est directement lié à la qualité des relations qu'elle ou il entretient au travail.
Ça semble une évidence, en même temps, pourquoi on réagit comme si l'amour n'avait pas sa place au travail ? Comme si ça faisait mal de laisser aller nos émotions ? Vas-tu falloir en plus envoyer des fleurs aussi à nos employés ?! Cette phrase est commanditée par l'Association des fleuristes corporatifs.

Allez, un argument final pour se convaincre ou convaincre les autres : pour savoir si on est heureux ou malheureux à son travail, il y a d'ÉNORMES chances que ça soit lié à un des cinq points mentionnés plus haut...

Pour plus d'amour au travail !
Le futur ? Il y a déjà une évolution : les enfants rois nouvelles générations scotchées sur leur cellulaire collaboratives ont été encouragées à s'exprimer trop plus librement, incluant ces fameuses émotions qu'il fallait enterrer bien profond avant. Ce "clash de générations" me fait croire que l'amour viendra prendre encore plus de place dans le futur. Comme les études montrent qu'exprimer ses émotions et vivre en accord avec elles sont des clés importantes pour être heureux, je pense que ce sera probablement une bonne chose...

Alors, bonne Saint-Valentin, et je vous souhaite plein d'amour au travail !

Pour aller plus loin

mercredi 7 février 2018

Le truc de la poubelle - RH brutes

Un peu d'humour RH aujourd'hui.* Je vous avais déjà parlé du bitchage acceptable, voici deux exemples où ça devient du bitchage... thérapeutique !

C'est que j’ai appris un nouveau truc utile. Pour démarrer une réunion qui s’annonce difficile, mettre une poubelle au milieu de la table et expliquer au monde qu’on va commencer par un « 10 minutes de chialage ». On sort le méchant, et on met ça dans la poubelle. Ensuite on peut passer aux choses sérieuses, le coeur léger...

Comment tu te sens ?
Ça me fait penser à un truc utilisé par certains gestionnaires. Ils commencent leurs rencontres par un tour de table avec une question comme :
« Dans quel état tu arrives à notre rencontre ? » ou, dépendant du gestionnaire :
« Sur quoi t'as envie de chialer pour commencer ? »  
Bizarre, mais dans les deux cas ça donne des réunions plus efficaces, parce qu’on apprend que l’air bête de Michelle vient de son auto, les yeux cernés de Claude viennent de ses bébés, et non pas du patron. Et le patron, par réaction ou soulagement, il devient moins bête. Ça fait du bien de s'exprimer !

* RH brutes est mon alter ego plus sombre, le ton est plus mordant ou moins sérieux que dans mes billets habituels. Pour plus d'information, voir ce billet explicatif.